Bokor, la montagne sacrée.

La montagne de Bokor s’élève sur la chaîne de montagnes du Parc national de Preah Monivong, à 1000 mètres d’altitude, elle surplombe la région de Kampot en montant vers le nord sur quelques 1 423 km². Aujourd’hui envahie de touristes en scooter et ponctuée de projets immobiliers aussi titanesques qu’absurdes et effarants, Bokor était autrefois une station de vacances construite pour donner aux colons français une petite pause fraicheur lorsqu’ils étaient fatigués du climat sud-est asiatique.


À l’origine, un seul bâtiment fut construit sous l’ordre de François Marius Baudouin, homme politique français et gouverneur. Sous l’excuse simple d’une construction de station de santé, il fit en réalité construire un palais au sommet de la montagne sacrée, relié au pied de la montagne par une large route d’accès, réduisant en esclavage et menant à la mort des milliers de prisonniers cambodgiens. Ce sont tout autant de cadavres qui sillonnent secrètement la route de l’urbexeur en herbe. Et comme l’a si bien dit l’avocat Lortat-Jacob : « Vous pouvez la monter aujourd’hui sans crainte [la route du Bokor], les soubassements sont à l’épreuve, car ils sont consolidés d’ossements humains blanchis. En haut, en guise du calvaire qui s’imposait — un pardon — c’est un palace qui dresse son orgueilleuse silhouette. Mais, sur ce palace, on a oublié de faire flotter le drapeau noir portant comme emblème un crâne et deux tibias entrecroisés3. »

Il dénonçait ainsi la torture et le meurtre de milliers de prisonniers pour seule construction d’un palais superflu.

Ancienne résidence du Roi


Devenu lieu de détente de la haute société française, Bokor comportait finalement un hotel, une église, une station de santé, des appartements royaux, une station agricole… Le village-vacances était presque totalement autonome et n’avait rien a envier aux stations côtières.
Ces bâtiments maintenant à l’abandon (sauf l’hôtel qui a été rénové) sont tout autant de vestiges d’une époque dorée pour les colons.
Je précise bien, pour les colons.

Vers la moitié du XXe siècle, le parti communiste des Khmer rouges prenait le pouvoir, demandant initialement l’indépendance. Ils commencèrent à chasser les colons, d’abord de manière pseudo pacifique et rapidement en utilisant la force. Les Français abandonnèrent petit à petit le navire et le peu qui résistaient étaient tués, leurs maisons, pillées, brûlées, détruites jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.
Si vous ne connaissez pas bien l’histoire des Khmer rouges et du génocide, n’hésitez pas à aller lire sur le sujet, vous y comprendrez que chasser les Français n’était qu’un début. Sous couvert de défense et protection du pays, l’excuse d’un terrible génocide qui durera près de 40 ans, tuant pas loin de 20 % de la population cambodgienne. Aucun chiffre exact n’est mentionné, comme la gestion de la démographie était compliquée à l’époque, mais cela pourrait monter jusqu’à 3 millions de morts, soit 38 % de la population cambodgienne à l’époque.
Cela explique également le retard de développement du pays, qui a souffert de grandes carences économiques, démographiques, sanitaires et éducationnelles.

Bokor est donc toujours là, témoin de trois catastrophes qui ont touché et touchent encore le Cambodge, les colonies françaises, Pol Pot et sa bande de joyeux lurons (Khmer Rouges) et à présent les colonies chinoises.

Beaucoup de gens visitent Bokor avec enthousiasme, ne connaissant pas son histoire.
Je me souviens la première fois que nous y sommes allés, nous ne savions rien sur l’histoire du Cambodge et encore moins sur celle de la montagne et pourtant, dès le moment où nous avons posé le pied sur Bokor, une pression s’est faite ressentir dans mon coeur. J’étais triste, oppressée, mal à l’aise et en même temps la nature y est si belle, les bâtiments abandonnés ont un cachet d’une grande rareté. C’était une montagne russe de sentiments contradictoires et je pense que l’énergie dégagée par cette montagne en fait un lieu précieux.
Ce n’est pas pour rien que cette montagne est sacrée.
Les Cambodgiens considèrent Bokor comme la montagnes des âmes, l’endroit où toute personne va après sa mort. Il n’est pas rare de voir des Cambodgiens manger, boire, danser le long de la route ou au sommet, et s’ils lèvent les bras dans le brouillard, c’est parce qu’il est la présence des ancêtres, et qu’ils touchent simplement les membres de leur famille.



Avec un peu de chance, en vous promenant dans Bokor, vous entendrez l’un ou l’autre chant Khmer, les Cambodgiens sont de très bons chanteurs et leur musique vous transporte aussi loin que vous pouvez voir depuis le sommet un jour dégagé.

J’aime Bokor, je l’aime de toute mon âme, cette montagne m’a tellement apporté.
Elle m’a prouvé à quel point le peuple Khmer est fort, par quelles atrocités il est passé et passe encore aujourd’hui et pourtant, c’est toujours le sourire aux lèvres que nous fûmes accueillis, et pourtant ils ne perdent pas la foi, et pourtant ils continuent d’avancer et de travailler, sans jamais abandonner espoir en l’avenir.
Le peuple Khmer est un exemple de volonté et de courage à toute épreuve.

Je vous partagerai plusieurs articles sur la montagne Bokor, car elle regorge de beauté et de découvertes intéressantes.

J’espère que cet article un peu plus complet qu’à mon habitude vous a plu.

La zebi,
Florence


2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Lunie dit :

    Super beau ton article ! Hate d’en lire d’autres ❤

    J'aime

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